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Réunion n°2 – Bordeaux

2ème JOURNÉE DU CLUB ECMO PÉDIATRIQUE

PROGRAMME DU 25 NOVEMBRE 2014

Modérateurs :

Ph.Mauriat (Bordeaux), Ph.Pouard (Paris), S.Renoleau (Paris).

Rapporteurs de séance : Julie Chantreuil – N. Roullet-Renoleau – (Tours)

9h50– 10h : Club ECMO pédiatrique. Ph. Mauriat (Bordeaux).

10h–11h: Nutrition en ECMO. Anne-Sophie Guilbert (Strasbourg).

11h–12h: Epuration extra rénale en ECMO. JM. Liet (Nantes).

14h-15h: Priming en ECMO en réanimation pédiatrique. A. Amblard (Paris).

15h-16h: Critères de changement de circuit.

L’expérience de Haut-Lévèque. R. Sigonney (Bordeaux)
L’expérience de Sainte Justine. P. Bourgoin (Nantes). Discussion.

16h30 – 17h : Gestes chirurgicaux et ECMO : changement de circuit, transformation de périphérique à centrale et mise en place de décharge gauche. R Henaine (Lyon).

17h-18h : Cas cliniques

– Cas Clocheville. Julie Chantreuil (Tours)
– Cas Trousseau. Pierre-Louis Léger (Paris)
– Cas Haut-Lévèque. ECMO et coqueluche néonatale. J. Assy (Bordeaux)


Compte-rendu de la deuxième journée du Club ECMO Pédiatrique qui s’est déroulée à Bordeaux le 25 novembre 2014. Julie Chantreuil – N. Roullet-Renoleau

 

Jean-Michel Liet a fait le point sur épuration extrarénale et ECMO.
En 2012, les critères KDIGO ont défini 3 stades d’insuffisance rénale aigue basés sur une majoration de la créatinémie et une durée d’oligurie en utilisant la formule de Schwartz pour le débit de filtration glomérulaire : GFR=36.5*poids/créatinémie.
Un certain nombre de facteurs de risque d’insuffisance rénale aigue ont été définis dans un contexte de défaillance cardiaque et de post opératoire de chirurgie cardiaque : le choc cardiogénique, la fraction d’éjection du VG<35%, la nécessité de chirurgie urgente, une atteinte coronaire, une durée de clampage aortique et de CEC prolongée, un débit non pulsatile, une hémolyse et une hémodilution importante.
Les indications d’épuration extrarénale vont se poser pour suppléer la fonction rénale, pour traiter les complications en résultant à savoir l’hyperkaliémie, la surcharge volémique, l’acidémie.
Selewski (ICM 2014) dans une étude rétrospective pédiatrique a mis en évidence une incidence plus élevée d’insuffisance rénale aigue chez la population cardiaque (incidence de 33% vs 24%) avec une mortalité 10 fois plus importante en cas d’insuffisance rénale aigue. Cette mortalité est multipliée par plus de 20 en cas d’insuffisance rénale aigue stade 3 selon les critères KDIGO.
L’ECMO a des effets positifs sur le rein permettant de rétablir une bonne perfusion rénale et une bonne oxygénation tissulaire mais elle entraîne également une hémolyse, et des embols dans un contexte d’absence de pulsatilité.
En cas d’épuration extrarénale associée à l’ECMO, la survie passe de 81 à 44% et de 56 à 14% pour la population cardiaque (Paden et al. PCCM2011).
Ghadegesin et al. (Pediatr Nephrol 2009) chez 104 enfants de moins de 3 ans sous ECMO en post op de chir cardiaque a mis en évidence une corrélation entre l’Hb libre, la surcharge hydrique d’un côté et l’insuffisance rénale aigue et la mortalité de l’autre. Le taux de survie dans cette population était de 2/3. Dans le sous groupe CRRT, l’hémolyse était plus élevée : canules plus petites (?), hémolyse majorée par un double circuit (?), mauvaise filtration associée à une oligurie (?), hémolyse liée à l’hémofiltre lui-même (?). L’ECMO entraîne une majoration de l’hémolyse (Betrus et al. ACTS 2007) : stress (?), circuit (?), roller- pump (?), hémofiltre (?).
Blijdorp et al. (Pediatr Nephrol 2010) dans une étude rétrospective dans une population néonatale sous ECMO a mis en évidence chez les 15 patients avec HF versus les 46 sans HF un temps d’ECMO significativement plus court, une durée entre la décanulation et l’extubation raccourcie et moins de transfusions de culots globulaires. L’autre avantage de l’HF avec ECMO est une surcharge hydrique moindre et un apport calorique atteint plus rapidement (Hoover et al. ICM 2008). Ces résultats sont à modérer avec ceux de Hoover (ATS 2013) qui dans une étude rétrospective chez 153 patients en post op de chir cardiaque dont 39% avec HF précoce trouvait une mortalité plus élevée, une plus longue durée d’ECMO. Le risque d’une CVVH précoce chez les patients sous ECMO est une déplétion intravasculaire trop rapide compromettant une bonne pression de perfusion rénale. La balance hydrique doit être considérée avec prudence. Des études randomisées sont nécessaires dans l’avenir afin de déterminer le meilleur timing de la CVVH dans l’ECMO.
Une autre question à laquelle répondre : quelle technique d’EER sous ECMO ?
L’hémodialyse intermittente ne semble pas être la technique adéquate. La dialyse péritonéale et l’épuration extrarénale continue semblent être les techniques les plus utilisées. L’épuration extrarénale (EER) continue regroupe l’hémodialyse, l’hémofiltration et l’hémodiafiltration. Les connections peuvent se faire hors circuit d’ECMO sur cathéter supplémentaire mais se posent les problèmes de voies d’abord et c’est à éviter chez les plus petits. Sur le circuit d’ECMO, plusieurs solutions sont possibles de part et d’autre de la pompe, entre la pompe et l’oxygénateur. La durée de vie moyenne du filtre chez l’enfant est de 138 heures (Santiago et al. Kidney International 2009). L’anticoagulation comporte dans cette étude de l’héparine à 5UI/kg/h dans le circuit d’hémofiltration et le reste de 15.3 UI/kg/h dans le circuit d’ECMO afin de maintenir un ACT entre 180 et 220s. Pour le branchement de la CVVH sur l’ECMO, l’avantage de l’entrée de l’HF après l’oxygénateur est d’avoir des pressions plus stables et le retour avant l’oxygénateur permet de piéger les embols. Cette configuration permet un haut débit (Simons et al. 2010). Meyer (PCCM 2012) n’a pas trouvé de différences d’hémolyse entre les pompes, l’intérêt étant à la qualité du circuit. Le montage de l’HF sur l’ECMO nécessite de changer les alarmes pour ceux qui monitorent les pressions (Paden et al. 2012).
Un tour de table est ensuite fait afin de connaître les pratiques de chacun. La dialyse péritonéale et l’ECMO sont peu abordées dans la littérature. Cette technique reste une possibilité et elle est la première technique à Necker pour les moins de 5 kg. L’un des inconvénients de l’HF est que si elle est trop efficace elle risque d’aggraver la perfusion rénale. En post op de chirurgie cardiaque, la surcharge hydrique est une bonne indication de DP. En pratique en post op de chirurgie cardiaque si l’hémofiltration est la technique choisie elle est souvent mise en place au bout de quelques jours et le débit d’ECMO n’est pas modifié.
En EER continue, les diurétiques sont nettement diminués voire arrêtés. Les doses maximales de diurétiques sont variables mais inférieures à 12mg/kg/j (<12mg/kg/j à Trousseau, <9-10mg/kg/j à Necker, <10mg/kg/j à Bordeaux).
Ainsi en conclusion l’EER continue avec l’ECMO soulève beaucoup de question avec peu de données précises et le problème non résolu d’hémolyse.

2) Critères de changement de circuit

P. Bourgoin et R. Sigonney nous ont fait partager leur expérience de changements de circuits à Sainte Justine, Nantes et Bordeaux.

Critères de Sainte Justine : Le nombre de CEC est de 200-250 CEC/an avec 10-15 ECMO/an. 30% des ECMO ont un changement de circuit avec un certain nombre de critères proposés:
– formation de thrombus sur la ligne artérielle,
– formation de thrombus sur l’oxygénateur associés à une coagulopathie,
– défaut d’oxygénateur défini par PaO2<150 pour FiO2 à 1, – PTM<50mmHg,
– hémolyse non maîtrisée,
– fuite de sang sur l’échangeur thermique,
– bruit sur la tête de pompe se majorant, – limite de temps de l’oxygénateur.

Critères de Great Ormond Street Hospital :
– >10 jours avec thrombus,
– thrombus dans les sites dangereux notamment dans la ligne artérielle après l’oxygénateur,
– défaillance de l’oxygénateur,
– augmentation des pressions en préox avec des gaz du sang en post oxygénateur montrant une PaO2<110mmHG sous une FiO2 à 1,
– couleur et mobilité du thrombus,
– septicémie non contrôlée > 5jours (hémocultures toujours positives ne répondant pas aux antibiotiques),
– thrombus instable associé à une consommation des facteurs de coagulation.

A Nantes, l’impression était qu’il y avait moins de changements de circuits. 108 patients ont eu une ECMO entre 2009 et juin 2014 dont 33 nouveau-nés, 31 nourrissons et 44 enfants. 22 changements de circuit ont été réalisés. L’expérience de changements de circuits concerne surtout les ECMO veino-artérielles.
Deux types de changements de circuits en ECMO veino-artérielle ont été identifiés :
a) dans un contexte de CIVD/Sd hémorragique/SDMV avec 100% de décès. Dans ce cadre les questions soulevées sont la nécessité d’un monitorage plus rigoureux, l’indication d’une ECMO trop tardive, la nécessité d’un changement précoce.
b) changement sur un thrombus isolé ou défaut d’oxygénation avec un bon pronostic et souvent alors un antiXa limite.
L’un des signes les plus précoces annonçant la nécessité de changement de circuit était l’augmentation des doses d’héparine.
Le monitoring et les stratégies de transfusion sont variables suivant les centres :

Sainte Justine

Nantes

– monitoring avancé continu : débit, PV, P retour, PTM

– inspection continue par technicien – anticoagulation en multimodal :

ACT au chevet, antiXa jour,

TEG si besoin aux heures ouvrables – stratégies transfusionnelles (proph)

plaq >100G/L pour les nouveaux nés TP >50%
AT3 >50%

– ACT+++

– monitoring débit

Hb, SvO2

GDS pre et post quotidien – inspection circuit horaire

– antiXa/6h
– Hb libre ±
– stratégie transfusionnelle (proph) – plaq >50G/L nouveaux nés
– TP selon la clinique
– AT3>60%

Les critères de changement à Bordeaux :
– défaut d’oxygénation artério-veineux,
– thrombopénie,
– dépôts de fibrine ou de caillots sur la membrane, – augmentation de ΔP transmembranaire,
– caillots sur la pompe, le circuit,
– variations des pressions entrée-sortie,
– systématique après 15 jours.
L’un des critères qui semble prédominant c’est la vérification des GDS de l’ECMO+++
A la suite de cet échange sur les changements de circuit la question sur la charge de travail infirmière a été évoquée. Pour l’ensemble des participants il semble que c’est un IDE/PDE pour une ECMO.

Philippe Durand et Anne Sophie Guilbert ont fait le point sur la nutrition du patient pédiatrique sous ECMO.
L’évaluation de l’état nutritionnel standard est compliquée et sous estimée par les marqueurs cliniques (comme l’IMC) et biologiques (albumine, préalbumine…). De plus, la sous nutrition et la sur nutrition sont des facteurs de mauvais pronostic. Il existe peu d’études pédiatriques de grande envergure. Une enquête a donc été réalisée au sein du Club ECMO Pédiatrique. Parmi les réanimations pédiatriques ayant répondu, 70% des unités ont un protocole de nutrition entérale (NE) et 80% ont un protocole de nutrition parentérale (NP). Pour rappel, les dépenses énergétiques du patient de réanimation évoluent en trois phases : hypo métabolisme pendant quelques heures puis catabolisme avec insulino-résistance et catabolisme protéo- musculaire pendant quelques jours et enfin une phase de convalescence d’anabolisme. Les avantages de la NE totale sont l’amélioration de la fonction immunitaire de l’intestin, la réduction de la morbidité liée au sepsis, la diminution du taux de cholestase liée à la NP et la réduction des coûts. L’indication d’une NP est limitée à la dysfonction intestinale et l’intolérance calorique en complément de la NE, tout en prenant garde au risque de surnutrition. Les recommandations européennes sur la NE en réanimation (grade C) ciblent de détecter tout patient ne pouvant pas avoir d’alimentation orale totale dans les trois jours et dans les 24 heures si l’hémodynamique est instable, sans données précises sur la quantité optimale de début de NE. L’étude internationale et multicentrique de Mehta (CCM 2012) portant sur 500 enfants en réanimation montre une nutrition inadéquate chez le patient ventilé mécaniquement, une optimisation des apports réels > 67% de la NE prescrite diminuant la mortalité à J60 et l’intérêt des protocoles qui permettent une amélioration des pratiques. Les recommandations américaines sur la nutrition de l’enfant en réanimation (ASPEN, JPEN 2009) sont les suivantes : identifier les patients dénutris ou à risque de dénutrition, établir un protocole de nutrition, réévaluer les besoins énergétiques durant l’hospitalisation en fonction des phases de la maladie (en utilisant les équations), si possible préciser les dépenses énergétiques par calorimétrie indirecte chez les patients à risque, utiliser la NE prioritairement et prévenir les interruptions d’alimentation. Il n’y a pas de recommandations sur le site de NE gastrique ou post-pylorique. Dans l’enquête du Club ECMO Pédiatrique, 9 équipes sur 10 suivent les recommandations (de l’ASPEN, RDA, ESPGHAN, SFNEP, WHO…) quant à l’évaluation des objectifs caloriques cibles des patients de réanimation. Une seule équipe évalue ces besoins caloriques par l’équation de Schofield et aucune par calorimétrie indirecte. La calorimétrie indirecte est pourtant le Gold Standard dans l’évaluation de la dépense énergétique de repos (DER). Il existe plus de 200 équations de calcul de la DER mais aucune n’est parfaite pour le patient critique. Les recommandations d’experts (SRLF 2003) estiment les besoins énergétiques journaliers de l’enfant à : 120 à 90 Kcal/kg pour les nourrissons de 0 à 1 an, 90 à 75 Kcal/kg pour les enfants de 1 à 7 ans, 75 à 60 Kcal/kg pour les enfants de 7 à 12 ans et 60 à 30 Kcal/kg entre 12 et 18 ans. Les besoins protidiques journaliers diminuent avec l’âge : 3 g/kg chez le nouveau-né, 2,5 g/kg chez le nourrisson et 2 g/kg chez l’enfant. Néanmoins, il existe quelques spécificités de l’enfant en réanimation : le patient critique ventilé mécaniquement a une DER > 48% à celle attendue ; les nouveau-nés chirurgicaux ont une élévation transitoire de la DER avec retour à la normale en 12 heures. Pour la totalité des unités de réanimation interrogées, il n’y a pas de protocole de nutrition spécifique à l’ECMO. Par contre pour 50% des unités, la NE des patients sous ECMO diffère des autres patients. L’étude de Pettignano (CCM 1998) montre une survie supérieure non significative des patients en NE sous ECMO versus ceux en NP sous ECMO. De plus, il n’y a pas de perforation digestive ou infection pulmonaire documentée dans cette étude. Dans une étude pédiatrique sur l’ECMO (J Ped Surg 2001), la DER de patients en post opératoire est de 53 Kcal/kg/j contre 55 Kcal/kg/j pour les patients sous ECMO (apports identiques en ECMO VA et VV). Cette différence n’est pas significative. Les recommandations (2010) de l’ASPEN pour le nouveau-né sous ECMO sont d’augmenter les apports protéiques jusqu’à 3 g/kg/j, de débuter le plus tôt possible la NE et d’apporter un support énergétique équivalent aux autres nouveau-nés. En moyenne, ces apports sont de 55 à 57 Kcal/kg/j. Ces recommandations sont toutes de grade D. Il est aussi rappelé que l’excès calorique est délétère par augmentation de la production de CO2. Dans l’étude d’Hanekamp (PCCM 2005), l’objectif est d’apporter 40% du volume par NE chez 67 nouveau-nés en ECMO VA, avec une restriction hydrique de 100 ml/kg/j. L’objectif est obtenu à J3 d’ECMO en moyenne avec une bonne tolérance chez 14 patients (résidus gastriques résolutifs après 24 heures d’interruption). Dans l’enquête menée au sein du Club ECMO Pédiatrique, la NE sous ECMO est globalement débutée entre J2 et J4. L’étude de Ferrie (Int Care Med 2013) chez 86 adultes sous ECMO montre un début de NE 13 heures après la mise sous ECMO avec un objectif calorique dés J2. Il y est décrit 33 mauvaises tolérances dont 20 résolutives sous prokinétiques. L’ECMO ne doit donc pas priver les patients des bienfaits de la NE qui doit être débutée le plus tôt possible quand le patient est stable. L’évaluation énergétique de l’enfant critique est loin d’être univoque. Il existe un manque d’homogénéisation des pratiques et de données de l’enfant sous ECMO.
Un des objectifs du Club ECMO Pédiatrique est donc de faire des recommandations pratiques de nutrition sous ECMO.
La surveillance du poids est possible sous ECMO.
La NE est supérieure à la NP. Elle peut être débutée soit par lait maternel soit par hydrolysat en raison d’une perméabilité intestinale accrue.

La NE doit être précoce même sous catécholamines, à visée trophique au début.
Les surveillances par doppler mésentérique et par NIRS mésentérique positionnée en antérieure en sous ombilicale semblent des pistes intéressantes à explorer.
L’utilisation des lipides intra veineux peut être débutée aussi tôt que dans la prise en charge d’un choc septique. Un des pré-requis pourrait être la réalisation de NP « préparée à la carte » comme cela est fait dans quelques centres. Le switch NP/NE doit être progressif en utilisant un débit continu de NE parfois faible au début avec une diminution concomitante de NP pour éviter la surnutrition.
Il reste à définir des critères pour la nutrition au moment du sevrage de l’ECMO.
Finalement, penser à la nutrition et établir des protocoles de NE et NP améliorent la prise en charge des enfants en ECMO.

Le Priming de l’ECMO en réanimation pédiatrique présenté par Alain Amblard doit répondre à plusieurs objectifs et contraintes : réduire l’inflammation, réduire les connections et assurer la meilleure sécurité possible. En effet, l’inflammation liée à la circulation extra-corporelle (CEC) par le contact du sang et du circuit ainsi que l’inflammation induite par les transfusions sont délétères pour tous les organes. La réduction des connections doit limiter les turbulences, les stagnations et les risques de présence d’air.

D’après l’ELSO, le taux de complications liées au circuit est de 0,7%. En cas de modification des pressions, de mauvaise performance de la membrane ou de la présence d’air, le soignant doit être averti afin de pouvoir agir en urgence. Il existe alors un dilemme entre sécurité et nombre de connections, entre longueur du circuit et la réalité de la réanimation. Le montage du circuit doit comprendre un contrôle des pressions (3 sites dans la plupart des centres ELSO ; pas plus de 300 mmHg en entrée de membrane et pas plus de 400 mmHg en sortie de membrane), un réservoir servant de pièges à bulles et permettant de monitorer la pression, une hémofiltration si besoin en chirurgie cardiaque afin de diminuer la réponse inflammatoire, le monitorage des gaz du sang et de la saturation en continu avant et après la membrane (CDI 500 / CDI 101), un détecteur de bulle souvent lié à un asservissement à la pompe et un pont entre le circuit veineux et artériel (bridge) utilisé pour le sevrage et la gestion des urgences sur le circuit (bulles d’air) tout en étant attentif au problème de stagnation de sang. La longueur du circuit a un impact sur le volume transfusionnel mais doit répondre à la réalité de la réanimation (transport, décubitus ventral, mobilisations). En diminuant la longueur du circuit, on baisse de moitié les pressions au niveau des tuyaux et on augmente les pressions exercées sur la canule.

Le diamètre du circuit détermine la résistance au débit. Il faut donc éviter les fortes pressions en utilisant le diamètre le plus adapté au poids de l’enfant. Par exemple 1⁄4 1⁄4 Quadrox jusqu’à 10 kg et 1⁄4 3/8 Quadrox de 10 à 20 kg. Le priming doit être réalisé au sang pour les moins de 10 kg associé à l’albumine pour tapisser le circuit, à l’héparine (100 à 200 u ou 1 u/ml), des bicarbonates (10 à 20 mEq) et du calcium (400 à 800 mg). Le circuit peut être pré-purgé à l’avance pour 30 jours en ajoutant le sang en entrée et sortie de membrane à la seringue au dernier moment. Le volume du Priming varie selon les auteurs de 195 ml à 419 ml. L’expérience de l’hôpital Trousseau (Paris) rapportée est un monitorage par 3 pressions, une SvO2, des gaz du sang en entrée et sortie de membrane par prélèvements, l’utilisation de tuyaux 1⁄4 1⁄4 jusqu’à 20 kg avec un priming au sang associé à l’héparine, les bicarbonates et le calcium pour un volume total de moins de 200 ml.

Les améliorations à apporter sont de raccourcir encore le circuit, de déporter la tête de pompe et la membrane du chariot. La plus grande avancée récente est la biocompatibilité des membranes et circuits pour lutter contre les phénomènes néfastes de l’inflammation. Enfin, la formation est fondamentale et doit être une priorité (simulation et processus d’apprentissage).

Dans la plupart des centres représentés au Club ECMO, la mise en place de l’ECMO est réalisée par le chirurgien et le technicien de CEC. Le priming est composé de CGR de moins de 10 jours (en étant attentif à la kaliémie du CGR) avec un PFC pour les nouveau-nés ou de l’albumine chez les nourrissons.

L’exposé de Roland Henaine sur les gestes chirurgicaux et l’ECMO traite du changement de circuit, de la transformation d’ECMO périphérique à centrale et de la mise en place d’une décharge gauche. La formation de thrombus peut survenir malgré l’utilisation de canules et de circuits traités, du fait de problèmes d’anticoagulation initiaux ou même sous bonne anticoagulation indiquant un changement de circuit. L’évaluation initiale permet de poser l’indication d’ECMO, de son type et de sa voie d’abord. Mais la survenue d’une dégradation hémodynamique, d’un problème technique de débit ou d’oxygénation ou l’apparition d’un œdème aigu pulmonaire en ECMO peut modifier la stratégie d’assistance. Dans un travail lyonnais sur l’ECMO post cardiotomie portant sur 27 patients de moins de 18 ans de 2004 à 2011, la durée moyenne d’assistance est de 5,4 jours avec arrêt après amélioration dans 16 cas (59%), complications dans 5 cas (19%) et décès dans 6 cas (22%). Parmi les complications, la thrombose du circuit survient dans 6 cas (22%). L’ECMO hors post cardiotomie, à Lyon de 2008 à 2014, concerne 40 enfants dont 24 ont survécu avec un taux de changement de circuit allant de 25% (survivants) à 31,25% (décédés).

Les changements de circuit sont réalisés en réanimation après avoir commandé un PFC et un CGR. Les intervenants sont le chirurgien, un aide et un technicien de CEC avec une asepsie rigoureuse. L’aspiration doit être prête en cas de thrombus dans la canule artérielle ou veineuse. En cas de débit cardiaque sous jacent insuffisant ou nul, l’équipe doit être prête au massage cardiaque. Tout doit être préparé avant la déconnection du circuit. Les risques principaux sont le saignement, l’embolie gazeuse et le bas débit.

Les changements de stratégie comme le passage d’une ECMO VV en VA cervicale peut se faire en réanimation mais les conditions d’installation sont meilleures au bloc pour l’équipe du bloc au complet. Il faut commander un CGR adulte et un PFC et avoir le matériel complet pour abord chirurgical voire sternotomie. Un changement de stratégie comme le passage d’une ECMO VV jugulaire en VV jugulo- fémorale peut se faire en réanimation avec un chirurgien, un aide et un technicien de CEC avec une asepsie rigoureuse après commande d’un CGR adulte et d’un PFC. Tout doit être préparé avant la déconnection du circuit. Le changement d’une ECMO périphérique à centrale (en cas de mauvais fonctionnement ou ajout de décharge gauche) doit être réalisé au bloc par une équipe chirurgicale.
La décharge gauche peut être réalisée soit dans l’idéal par atrio-septostomie percutanée (en fonction de l’expertise des cardiopédiatres ou radiologues) soit par le chirurgien par l’auricule gauche ou la veine pulmonaire supérieure droite.

Ces gestes chirurgicaux incluent bien sûr le réanimateur et nécessitent une asepsie rigoureuse, un environnement chirurgical, la présence d’un technicien de CEC disponible ainsi que la proximité de la chirurgie cardiaque pour une éventuelle conversion en sternotomie si besoin. L’étude de Freeman (CCM 2014) insiste sur l’importance de l’expertise en ECMO des équipes médico-chirurgicales.

La prise en charge d’un enfant en ECMO est un investissement humain et matériel considérable, justifiant d’une évaluation intensive quotidienne pour anticiper et prendre la bonne décision au bon moment. Cette activité relève d’une véritable expertise.
Un point essentiel abordé au décours de l’exposé est la répétition du geste par le chirurgien et son aide (simulation) avant le changement de circuit afin d’être rapide dans l’exécution de la procédure.

En fin de séance, trois cas cliniques ont été présentés :
– Un cas de SDRA sur hémosidérose pulmonaire infantile + ECMO VV.
– Un cas de coqueluche maligne néonatale + ECMO VA + leucofiltrations – Un cas de SDRA d’un nourrisson + ECMO VV-VA